ABETZ OTTO (1903-1958)

Important dignitaire nazi, artisan dès avant 1933 d'une réconciliation franco-allemande en particulier avec Jean Luchaire et Fernand de Brinon, Otto Abetz eut pour rôle essentiel d'occuper, de 1940 à 1944, le poste d'ambassadeur d'Allemagne à Paris. Sa mission avait un double caractère qui dépassait largement celle d'un agent diplomatique ordinaire. D'une part il coordonnait les services civils dans la zone occupée : sécurité, propagande, « collaboration économique », c'est-à-dire pillage systématique des ressources de la France ; les services de l'ambassade s'enflant démesurément, Abetz ressembla de plus en plus à un proconsul, exigeant certes, mais modéré dans la forme. D'autre part il était chargé de faire pression sur le gouvernement de Vichy pour que celui-ci acceptât les demandes de Berlin. Son moyen d'action favori est l'appui qu'il trouve auprès du clan germanophile de Vichy et en particulier les bonnes relations qu'il entretient avec l'amiral Darlan et avec Pierre Laval, vice-président du Conseil et partisan résolu de la collaboration avec l'Allemagne. Le renvoi de Laval par Pétain, en décembre 1940, est un coup rude pour Otto Abetz, qui met tout en œuvre pour que le Maréchal le rappelle. Après l'invasion de la « zone libre » en novembre 1942, la tâche d'Otto Abetz est en apparence beaucoup plus facile : il n'a plus à ménager un gouvernement théoriquement indépendant, que dominent désormais les partisans résolus de la victoire allemande. Pourtant il ne put jamais ramener à Paris Pétain et Laval, qui restèrent à Vichy. Otto Abetz est arrêté en octobre 1945 par les Forces françaises en Allemagne, dans le pays de Bade ; condamné en 1949 par un tribunal français à vingt ans de travaux forcés, il fut libéré six ans plus tard. Il mourut en Allemagne, victime d'un accident d'automobile.

— Jean BÉRENGER

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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